Le contrôle du corps des femmes dans les Empires coloniaux

Entretien avec Martine Spensky

Anaïs Frantz : En contexte colonial, le corps des femmes est confronté à un double contrôle : patriarcal et colonial. Michel Foucault parle de « biopouvoir » : un pouvoir qui s’exerce sur la vie, en particulier sur le corps féminin en tant qu’organe de la reproduction de la vie humaine dans ses dimensions sociale, culturelle et raciale. Comment en êtes-vous venue, dans vos recherches, à articuler cet outil d’analyse foucaldien que sont les biopolitiques avec la question du genre et des empires coloniaux ?

Martine Spensky : D’abord, il faut bien préciser que Foucault, qui théorise ce qu’il entend par « biopolitiques » dans le Livre I de son Histoire de la Sexualité (Chapitre V, 1976) et dont toute l’œuvre est construite autour de l’analyse des rapports de pouvoir, ne s’intéresse ni aux rapports de genre ni aux rapports coloniaux. En effet, si l’on prend la genèse du concept de biopolitique, il s’agit dans un premier temps d’un droit, détenu par le souverain – occidental –de vie ou de mort sur ses sujets ; il peut leur ordonner d’aller faire la guerre, de mourir pour lui et, quand ils lui désobéissent, il peut légitimement les faire supprimer. Ce droit, dans sa forme ancienne et absolue, est le droit de « faire mourir ou de laisser vivre » que détient le pouvoir, symbolisé par le glaive. Or, depuis l’âge classique, ces mécanismes de pouvoir ont subi une transformation et le pouvoir se donne aujourd’hui pour tâche de « gérer la vie ». Il s’agit « d’un pouvoir destiné à produire des forces, à les faire croitre et à les ordonner plutôt que voué à les barrer » ou à les détruire. Les guerres se font maintenant au nom de la défense de toute une population et non plus de celle du roi. C’est pour cette raison, selon Foucault, qu’elles tuent autant.

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