« Dentelles » de Maël Baussand – entretien sur Point[s] d’accroche

"Dentelles" de Maël Baussand, 2013

« Ici je parle de mon sang, je parle de quand je saigne », écrit Maël Baussand au sujet de sa série photographique intitulée « Dentelles ». Au début des années 1990, dans le film La pudeur ou l’impudeur, Hervé Guibert exhibait le secret de son sang travaillé par la mort car contaminé par la maladie alors jugée « honteuse » du SIDA :

Bien avant la certitude de ma maladie sanctionnée par les analyses j’ai senti mon sang tout à coup découvert, mis à nu, comme si un vêtement l’avait toujours protégé sans que j’en aie conscience. Il me fallait vivre désormais avec ce sang dénudé et exposé à toute heure, dans les transports publics, dans la rue quand je marche […] Est-ce que cela se voit dans les yeux ?

Presque cinquante ans après les « sorcières » de la deuxième vague, le sang féminin reste dans l’imaginaire collectif et les représentations de l’ordre de l’imprésentable, maladie « honteuse » d’une féminité associée à l’impureté. Le marché le recouvre du voile hygiénique des tampons qui l’absorbent, le rendant invisible et inodore. Les réflexions féministes l’évacuent souvent de peur de l’accusation d’ »essentialisme », le retranchent pour revendiquer un corps construit, technique, transformable. Avec « Dentelles », Maël Baussand lève le voile de l’imprésentable. L’artiste met à nu le sang féminin. Elle en révèle la violence et la beauté, scrute la vie et la mort à l’œuvre sur ses tampons tachés. Son geste, à la fois impudique et pudique, cru et tendre, intime et universel, renoue avec ce que Nelly Arcan appelait « la plus vieille histoire des femmes », à savoir « celle de l’examen de leur corps, celle donc de leur honte ». Elle invite à en renouveler l’appréhension.

SUITE

Comments are closed.