Lire Violette Leduc aujourd’hui

La publication de La Bâtarde en 1964, avec une préface de Simone de Beauvoir, a paradoxalement permis à Violette Leduc de conquérir une légitimité littéraire. Elle apparaît alors comme l’une des voix les plus audacieuses dans la production littéraire des femmes et comme l’une des plus subversives dans les représentations du masculin et du féminin.

Cinquante ans plus tard, le présent ouvrage propose un nouveau portrait de Violette Leduc : à partir de l’étude de ses manuscrits et de sa correspondance, il analyse à la fois ses choix esthétiques singuliers et les multiples résonances de son œuvre dans la littérature, les arts plastiques, le cinéma et le théâtre d’aujourd’hui.

Le livre comprend également un cahier iconographique et deux textes inédits, « Chanson du pénis » et « Fantasme des cinq cents verges », dans lesquels Violette Leduc s’empare de l’érotisme avec humour, liberté et vigueur.

Avec Mireille Brioude, New York University-Paris, mai 2017

Le livre sera présenté à la librairie Violette and Co le vendredi 9 juin à 19h.

A la librairie Violette and Co avec Olivier Wagner, Clara Bonelli, Carlo Jansiti, Mireille Brioude, Alison Péron, Catherine Florian

Rencontre à la librairie Violette and Co

vendredi 17 février 2017

Rencontre avec DANIELLE CONSTANTIN pour l’ouvrage co-dirigé avec CATHERINE VIOLLET « Genre, sexes, sexualités » en présence de MIREILLE BRIOUDE, ANAÏS FRANTZ et ALISON PERON – 19h

Genre, sexes, sexualités. Que disent les manuscrits autobiographiques ? (PURH)

Les questions de genre, de sexes et de sexualités, envisagés dans leur pluralité, constituent un domaine majeur de l’expérience humaine et un vaste champ de recherche qui concerne toutes les pratiques, tant sociales que symboliques, et tout particulièrement le langage et l’écriture. Ces notions permettent d’interroger les idées reçues, de déconstruire les évidences et d’explorer les textes sous un angle neuf.

Les écrits autobiographiques abordent certains aspects de la vie humaine, parmi les plus secrets, les plus intimes, notamment les relations complexes entre les sexes et le genre (comme construction de la relation entre le biologique et le social), entre les sexes et les différentes sexualités, entre le genre et les sexualités. L’étude des processus de genèse de ces écrits suppose de prendre en compte les contraintes, tant matérielles que symboliques, liées à ces catégories qui structurent la société, et à cerner leur fonctionnement dans la production des textes. Les recherches sur le genre, les questions d’identités sexuelles, et sur les représentations discursives des sexualités qui leur sont liées trouvent ainsi dans l’étude de la genèse de textes autobiographiques un matériau de choix, en raison d’un pacte d’authenticité : lieux par excellence d’élaboration créatrice, ils portent trace de conflits, d’enjeux, d’ambiguïtés et de contradictions, d’autocensure et de censure, d’ajustements entre reproduction et subversion des normes, de métamorphoses propres au processus de production.

Genre, sexes, sexualité. Que disent les manuscrits autobiographiques ? réunit treize articles qui veulent rendre compte de l’originalité et de la pertinence d’analyses littéraires se situant au croisement, encore trop peu exploré, d’un questionnement sur le genre, les sexes et les sexualités, de recherches sur les formes autobiographiques et de travaux en critique génétique. Les analyses présentées dans ce volume se penchent sur des textes et des avant-textes du domaine français (Herculine Barbin, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux, Marie-Edmée, Violette Leduc, Yves Navarre) et étranger (Géza Csáth, Samuel Taylor Coleridge, Jack Kerouac, Anaïs Nin). Il inclut une bibliographie des publications de Catherine Viollet, une pionnière dans la rencontre des analyses génétiques sur les textes autobiographiques et des études de genre.

Avec les contributions de : Emeline André, Mireille Brioude, Nicole Cadène, Mateusz Chmurski, Danielle Constantin, Simon Dubois Boucheraud, Anaïs Frantz, Marion Krauthaker, Sylvie Lannegrand, Julie LeBlanc, Kimberley Page-Jones, Alison Péron et Catherine Viollet.

Catherine Viollet (1949-2014) est entrée en 1976 à l’ITEM-CNRS/ENS où elle a travaillé comme chercheuse jusqu’en 2014 tout en animant depuis sa fondation en 1995 l’équipe « Genèse et autobiographie ». Ses nombreux travaux se sont penchés sur des textes germanophones, francophones et russophones en privilégiant les études de genre et, avec Elena Gretchanaïa, le corpus des diaristes russes écrivant en français au XIXe siècle. Elle s’est intéressée à des figures majeures de la littérature (Proust, Thomas Mann) comme à des écrivaines moins canoniques telles que Christiane Rochefort ou Violette Leduc ou aux écritures dites ordinaires. Ce volume posthume lui est dédié.

Danielle Constantin est docteure en littérature comparée de l’Université de Toronto. Depuis 2004, elle est chercheuse associée à l’ITEM-CNRS/ENS à Paris. Elle a publié Masques et mirages. Genèse du roman chez Cortázar, Perec et Villemaire (New York, Peter Lang, 2008) et codirigé, avec Jean-Luc Joly et Christelle Reggiani, Espèces d’espaces perecquiens (Bordeaux, Le Castor astral, 2015).

Mireille Brioude, Anaïs Frantz et Alison Peron font partie du groupe de travail sur les manuscrits de Violette Leduc créé et qu’a dirigé Catherine Viollet au sein de l’ITEM-CNRS-ENS.

Cette soirée sera l’occasion de rendre hommage à Catherine Viollet.

Dictionnaire sauvage Pascal Quignard

Le Dictionnaire sauvage Pascal Quignard, ponctué d’affiches ou encore de dessins que l’écrivain effectue cependant qu’il écrit un livre et qui constituent une véritable archive de l’écriture, est l’œuvre d’un collectif de chercheurs et d’universitaires du monde entier. Près de trois cents entrées, répertoriées par ordre alphabétique et complétées d’une bibliographie exhaustive, offrent des clés de lecture et ouvrent de multiples parcours croisant divers domaines (lettres et arts, sciences, philosophie, langues et cultures antiques et contemporaines, anthropologie) qui sont autant de lieux, pour Pascal Quignard, d’une recherche insatiable de l’âme.

Pascal Quignard participe lui-même à cette élaboration sous la forme d’un dialogue avec Mireille Calle-Gruber. Dès l’A, il explicite son rapport au savoir, à la bibliothèque qu’emblématise l’exercice du dictionnaire ; le qualificatif de « sauvage » préservant quant à lui la part indomptable de la connaissance et en particulier de la cosmogonie de son œuvre.

Ce Dictionnaire, guide à plusieurs voix, dessine une cartographie de l’œuvre. Volume de ressources et de références incontournable, il est le meilleur garant d’une approche capable de faire prendre toute la mesure de l’interrogation originaire qui se joue au secret de l’écriture de Pascal Quignard.

Dictionnaire sauvage Pascal Quignard

Dictionnaire sauvage Pascal Quignard

Dossier sur Diacritik

Avec Mireille Calle-Gruber

Avec Mireille Calle-Gruber

Le contrôle du corps des femmes dans les Empires coloniaux

Entretien avec Martine Spensky

Anaïs Frantz : En contexte colonial, le corps des femmes est confronté à un double contrôle : patriarcal et colonial. Michel Foucault parle de « biopouvoir » : un pouvoir qui s’exerce sur la vie, en particulier sur le corps féminin en tant qu’organe de la reproduction de la vie humaine dans ses dimensions sociale, culturelle et raciale. Comment en êtes-vous venue, dans vos recherches, à articuler cet outil d’analyse foucaldien que sont les biopolitiques avec la question du genre et des empires coloniaux ?

Martine Spensky : D’abord, il faut bien préciser que Foucault, qui théorise ce qu’il entend par « biopolitiques » dans le Livre I de son Histoire de la Sexualité (Chapitre V, 1976) et dont toute l’œuvre est construite autour de l’analyse des rapports de pouvoir, ne s’intéresse ni aux rapports de genre ni aux rapports coloniaux. En effet, si l’on prend la genèse du concept de biopolitique, il s’agit dans un premier temps d’un droit, détenu par le souverain – occidental –de vie ou de mort sur ses sujets ; il peut leur ordonner d’aller faire la guerre, de mourir pour lui et, quand ils lui désobéissent, il peut légitimement les faire supprimer. Ce droit, dans sa forme ancienne et absolue, est le droit de « faire mourir ou de laisser vivre » que détient le pouvoir, symbolisé par le glaive. Or, depuis l’âge classique, ces mécanismes de pouvoir ont subi une transformation et le pouvoir se donne aujourd’hui pour tâche de « gérer la vie ». Il s’agit « d’un pouvoir destiné à produire des forces, à les faire croitre et à les ordonner plutôt que voué à les barrer » ou à les détruire. Les guerres se font maintenant au nom de la défense de toute une population et non plus de celle du roi. C’est pour cette raison, selon Foucault, qu’elles tuent autant.

[…]

Pourquoi lire Thérèse et Isabelle aujourd’hui?

Pourquoi lire Thérèse et Isabelle aujourd’hui?

Parce que la question ne devrait pas se poser. — Se demanderait-on pourquoi lire Madame Bovary ? Or Emma et Thérèse se ressemblent. Toutes deux jeunes filles de province, cloîtrées dans un destin qui les ennuie, elles cherchent une échappatoire dans la lecture et dans l’amour. Leur destin se rappelle cependant bientôt à elles par le truchement de la censure qui sanctionne leur aspiration à la sensualité. Elles en sortent toutes deux amputées. Même si pas tout à fait de la même façon. Flaubert est conscient en écrivant son roman que celui-ci va choquer. Il est préparé au procès qui l’attend. L’Histoire littéraire garde de celui-ci le tableau d’un combat héroïque entre l’artiste armé de son seul style et la morale bourgeoise collet monté. En revanche, le refus de Gallimard de publier la première partie de Ravages (1955) tombe sur Violette Leduc tel le couperet d’une guillotine. Vingt ans après l’écrivaine parle encore d’ “assassinat”[1]. Sa protectrice et guide Simone de Beauvoir s’était elle-même rangée du côté des censeurs : “Elle décrit par le menu comment une fille en dépucelle une autre, et ce qu’elle fait avec ses doigts, et ce qui en découle dans le sexe de l’autre, un tas de tripatouillages atroces qu’ensemble elles inventent avec du sang, de l’urine et ainsi de suite”, avait-elle écrit à Nelson Algren[2]. Tandis que le réalisme de Flaubert suscite l’admiration, la crudité de Leduc provoque le dégoût. Flaubert et son œuvre sortent grandis du procès de Madame Bovary ; Violette Leduc mutilée de la censure de Ravages. Après le succès de La bâtarde (1964) où l’épisode coupé a été partiellement repris, Thérèse et Isabelle (1966) paraît enfin sous la forme d’un livre à part. Pour l’écrivaine, il s’agira toujours d’un roman mort-né. “Pauvre poisson”, écrit-elle dans La chasse à l’amour (1973)[3].

[…]

« Dentelles » de Maël Baussand – entretien sur Point[s] d’accroche

"Dentelles" de Maël Baussand, 2013

« Ici je parle de mon sang, je parle de quand je saigne », écrit Maël Baussand au sujet de sa série photographique intitulée « Dentelles ». Au début des années 1990, dans le film La pudeur ou l’impudeur, Hervé Guibert exhibait le secret de son sang travaillé par la mort car contaminé par la maladie alors jugée « honteuse » du SIDA :

Bien avant la certitude de ma maladie sanctionnée par les analyses j’ai senti mon sang tout à coup découvert, mis à nu, comme si un vêtement l’avait toujours protégé sans que j’en aie conscience. Il me fallait vivre désormais avec ce sang dénudé et exposé à toute heure, dans les transports publics, dans la rue quand je marche […] Est-ce que cela se voit dans les yeux ?

Presque cinquante ans après les « sorcières » de la deuxième vague, le sang féminin reste dans l’imaginaire collectif et les représentations de l’ordre de l’imprésentable, maladie « honteuse » d’une féminité associée à l’impureté. Le marché le recouvre du voile hygiénique des tampons qui l’absorbent, le rendant invisible et inodore. Les réflexions féministes l’évacuent souvent de peur de l’accusation d’ »essentialisme », le retranchent pour revendiquer un corps construit, technique, transformable. Avec « Dentelles », Maël Baussand lève le voile de l’imprésentable. L’artiste met à nu le sang féminin. Elle en révèle la violence et la beauté, scrute la vie et la mort à l’œuvre sur ses tampons tachés. Son geste, à la fois impudique et pudique, cru et tendre, intime et universel, renoue avec ce que Nelly Arcan appelait « la plus vieille histoire des femmes », à savoir « celle de l’examen de leur corps, celle donc de leur honte ». Elle invite à en renouveler l’appréhension.

SUITE

Catherine Viollet ou « La violente discrète »

Un dossier hommage de la revue « Miroir / Miroirs » n°4 est consacré à Catherine Viollet, qui nous a quittés en septembre 2014.

 

« Ô vous les violettes ! »…
Renée Vivien

Il y a des sujets et des auteur-e-s qu’il est préférable, et qu’il était, il y a dix ou vingt ans, nécessaire, d’éviter dans le monde universitaire, au risque, pour les entêté-e-s, d’être marginalisé-e-s et d’emblée écarté-e-s de la course aux honneurs académiques. L’œuvre de Violette Leduc en est : œuvre de « bâtarde », autrement dit de marginale, de femme résolument libre confiant au lecteur et à la lectrice, par-delà toute préoccupation morale et dans l’intimité du rapport textuel, les fantasmes sexuels les plus débridés – déflorer une collégienne, être aimée comme un homosexuel, souffrir d’amour pour une hétérosexuelle, aimer un hétérosexuel comme « une mariée » bien membrée … Les romans de Violette Leduc n’ont de fait pas manqué d’effrayer l’ordre institutionnel de l’Université, de même qu’ils avaient, au moment de leur publication, agité la Maison Gallimard jusqu’à susciter la censure de Ravages en 1955.

Difficile, délicat, voire insensé était encore, au début des années 2000, le projet d’entreprendre des recherches universitaires sur l’œuvre leducienne. Les professeurs spécialistes susceptibles de les diriger manquaient. C’est à l’occasion d’une rencontre organisée autour de la publication de la correspondance de l’écrivaine, à la bien nommée Librairie Violette and Co –d’ailleurs située, dans le 11e arrondissement de Paris, non loin du « réduit »  où Violette Leduc vécut –, que je rencontrai Catherine Viollet. Pour la première fois, un membre titulaire du monde de la Recherche parlait avec passion de l’écriture de Violette Leduc. Davantage, pour la première fois, un chercheur invitait à travailler sur son œuvre. Répondant aussitôt à l’appel, je pris contact avec Catherine qui me parla des manuscrits de La Chasse à l’amour  qu’elle avait le projet d’étudier. Le groupe « Violette Leduc » fut créé à l’ITEM  quelques années plus tard.

Catherine Viollet travaillait au sein de l’équipe « Genèse et Autobiographie » (ITEM) depuis sa fondation en 1995 par Philippe Lejeune. Elle y avait développé, notamment via le séminaire mensuel qu’elle animait, ainsi qu’à travers un grand nombre de publications , une réflexion pionnière et courageuse sur l’approche génétique du sujet de l’écriture et de l’inscription du genre dans les manuscrits. Ses auteurs de prédilection étaient Marcel Proust et Violette Leduc ; elle s’intéressait aussi, entre autres écrivain-e-s, à Christiane Rochefort et, en germaniste qu’elle était, à Ingeborg Bachmann et à Christa Wolf. La mémoire familiale et les journaux personnels, dernièrement les journaux russes francophones qu’elle explorait avec Elena Gretchanaia, faisaient également partie de son corpus.

Il fallait du courage en effet pour introduire des auteurs féminins et une perspective de genre dans un milieu aussi masculin et normé qu’est celui de la Recherche, occupé pour ce qui est de l’ITEM pour 98 à 99 % de textes hétérocentrés écrits par des hommes . Le groupe « Violette Leduc » faisait doublement exception : parce qu’il était consacré à une femme d’abord, et parce que cette femme n’était ni George Sand ni Colette ensuite, mais une écrivaine ignorée des programmes scolaires et universitaires, que les collègues normaliens de Catherine confondaient avec l’architecte Viollet-Le-Duc .
Lorsqu’elle organisait des rencontres et des débats, Catherine Viollet veillait toujours à ce que « les mecs », comme elle disait, ne monopolisent pas la parole. Extrêmement vigilante, sur le qui-vive concernant les questions de genre, qu’il s’agisse de l’appropriation du discours par les hommes, ou des propos sexistes ou discriminatoires tenus envers les femmes et les lesbiennes, elle ne faisait cependant pas d’éclat. Féministe discrète et têtue, elle œuvrait en résistante. Telles Les Guérillères de Monique Wittig , elle faisait la révolution dans le retrait de la lecture et de l’écriture. Poser des « questions de sexe, questions de genre »  dans le cadre de son séminaire de la rue d’Ulm, créer un groupe « Violette Leduc » à l’ITEM, constituaient en soi une bombe.

Discrète, Catherine Viollet l’était aussi dans les réunions avec les collègues proches avec lesquel-le-s elle partageait des projets de recherche et de publication. Malgré sa grande expérience et son impressionnante bibliographie, elle apparaissait presque effacée, attentive, d’une rare humilité. Elle prenait note de toutes les propositions qui étaient faites, sans jamais juger, accueillait chaque initiative avec chaleur et un intérêt sincère. Et ce faisant, modestement mais sûrement, elle savait exiger de tous et toutes la rigueur, le souci de l’exactitude, l’acharnement dans la recherche qui caractérisaient ses travaux.

Son dernier travail d’édition témoigne de la patience et de la précision qui étaient les siennes dans l’étude génétique. Je veux parler du texte inédit de Violette Leduc qu’elle a publié en 2014 aux éditions du Chemin de fer sous le titre La main dans le sac. « Véritable initiation érotique de la narratrice adolescente » , l’épisode, qui selon les dires de l’écrivaine constitua l’un des événements les plus marquants de sa vie, faisait probablement partie des pages censurées de Ravages mises à l’écart de l’édition finale. Soucieuse de transparence dans la recherche, et généreuse dans la transmission, Catherine Viollet livre plusieurs versions du manuscrit. Elle laisse au lecteur et à la lectrice le loisir de les découvrir par eux-mêmes, puis en propose une interprétation dans une postface exigeante d’une grande sensibilité littéraire.
Il faut souligner la chance que représente l’approche génétique pour le chercheur en littérature. Entrer en contact avec les manuscrits de l’écrivain apporte une connaissance intime de l’œuvre qui reste inaccessible au lecteur et à la lectrice de l’ouvrage publié. Suivre les hésitations, ratures, questionnements de la main en travail est une expérience organique et intense.

C’est cette chance que Catherine Viollet a mise à la disposition du groupe « Violette Leduc » . S’est entreprise grâce à elle une recherche passionnante sur l’écriture et l’édition de La Chasse à l’amour à laquelle chacune consacrait volontiers, en « bénévoles » de la recherche, quelques heures grappillées sur des semaines par ailleurs chargées.

La paronomase qui lie « Viollet » et « Violette » m’a toujours semblé crypter un cheminement secret, indiquer une trajectoire obstinée et farouche : celle des violentes discrètes. Renée Vivien, traductrice de Sapho, ne vouait-elle pas un culte à la violette ? « Ô vous les violettes ! » … Que sous une « pluie de violette à odeur de lilas » , absente de tous bouquets, Catherine repose désormais.

« Je vis un tombeau sans fleurs dans un cimetière où s’épanouissaient toutes les fleurs du regret et du souvenir, – les roses pâles comme la souffrance, les pensées sombres comme le remords et les violettes tristes comme le rêve » …

Anaïs Frantz

La Revue Point[s] d’accroche

Chères toutes, chers tous,

Nous avons le plaisir de vous annoncer le lancement de la revue numérique Point[s] d’accroche, revue de pensées plurielles féministes qui veut permettre aux lectrices et aux lecteurs de tous horizons d’interéagir et agir autour des questions de genre, de sexe et de sexualités qui seront posées via son interface.

Point[s] d’accroche comprend trois rubriques :

-des Dossiers biannuels travaillant une problématique donnée de façon pluridisciplinaire, à travers des textes mais aussi des créations ;

-une section appelée « Les Marginales » mobilisant une réflexion interactive avec les lectrices et les lecteurs de la revue sur l’actualité culturelle, scientifique et politique concernant les questions féministes et de genre ;

-une rubrique « Archives » redonnant à lire et à voir des documents oubliés ou laissés de côté appartenant à la genèse et à l’histoire des féminismes et du genre.

Point[s] d’accroche vous propose actuellement :

-un appel à contribution pour le Dossier 1 : « Comment devenir et s’affirmer sujet par-delà le pénis puissant et le clitoris érectile ? » ;

-deux entretiens dans Les Marginales : l’un avec Hélène Milano au sujet du film Les Roses noires ; l’autre avec Stéphane Corbin au sujet de l’album Les Funambules ;

-un document d’Archives sur les féminismes et la chanson.

Nous vous invitons à participer activement et régulièrement à la revue en contribuant aux Dossiers thématiques, en réagissant aux sujets discutés par les Marginales, en suggérant des documents pour Archives.

Nous attirons particulièrement votre attention sur la section des Appels à contribution.

Ci-après vous trouverez l’url de la revue : http://www.pointsdaccroche.com

Nous vous remercions de faire connaître largement ce lien.

Dans l’attente des échanges à venir,

Bien à vous,

Sarah-Anaïs Crevier Goulet, Anaïs Frantz, Elsa Polverel, éditrices de la revue

Point[s] d’accroche c’est aussi…

Graphisme et illustrations d’Elisa Frantz

Développement web par Damien Richard

La revue Point[s] d’accroche est soutenue par l’association ARCS

Point[s] d'accroche par Elisa Frantz

Point[s] d’accroche par Elisa Frantz

Claude Simon Les Vies de l’Archive

Claude Simon

Le centenaire de la naissance de Claude Simon, Prix Nobel de Littérature 1985, et la publication d’une biographie de l’écrivain par Mireille Calle-Gruber aux Éditions du Seuil, étaient l’occasion de retraverser l’œuvre simonienne sous l’angle de l’archive. L’archive n’est pas tournée vers le passé : son geste archéologique se fait au présent de l’écriture, il se tourne vers les voies ouvertes par les lectures à l’à venir.
Ainsi est-ce à partir des nouvelles voies d’étude de l’œuvre qu’offre la recherche universitaire actuelle que les actes du colloque tenu en Sorbonne et à l’École Normale Supérieure en 2013 s’attachent à considérer la poétique d’une archive vivante par laquelle Claude Simon conjugue, dans ses romans, l’autorité des traces historiques avec la subjectivité de la mémoire sensorielle.
Au moyen, non seulement de l’examen de documents inédits qui mettent au jour la pluralité des genres littéraires et artistiques explorés par l’écrivain (romans, photographie, cinéma, théâtre), mais encore de l’analyse génétique des manuscrits, pour laquelle la science de la conservation patrimoniale s’allie aux technologies les plus récentes des humanités numériques, les auteurs du présent volume parcourent les « Vies de l’Archive » chez Claude Simon.

Présentation d’ouvrages

La prochaine séance du séminaire de recherche « Peut-on penser une écologie culturelle ? Genre, littérature, francophonie, études post-coloniales : transits » organisé par Mireille Calle-Gruber et Jean Bessière, dans le cadre des activités du Centre de Recherches en études féminines et de genre/ EA 4400/ THALIM, aura lieu le vendredi 31 janvier 2014 de 13h à 16h en Sorbonne.

Seront présentés deux ouvrages:

-Anaïs Frantz, Le Complexe d’Eve : la pudeur et la littérature. Lectures de Violette Leduc et Marguerite Duras, Honoré Champion, 2013

-Anaïs Frantz, Sarah-Anaïs Crevier Goulet, Mireille Calle-Gruber, Fictions des genres, éd. univ. de Dijon, 2013

Programme de la séance :

-Jean Bessière (Paris 3) : « Fictions des genres : un point de vue anthropologique. »

-Anaïs Frantz (Paris 3): « La pudeur, la littérature et les études féminines et de genre »

-Jacques Poirier (Univ. de Bourgogne) : « Quand la fiction a mauvais genre ».

-Discussion avec les signataires du volume Fictions des genres (EUD, 2013)  :

Mireille Calle-Gruber, Sarah-Anaïs Crevier Goulet, Anaïs Frantz, Eberhard Gruber, Sarah Jagodzinski, Alison Peron, Hervé Sanson

Fictions des genres

Fictions des genres

Sous la dir. de : Anaïs Frantz, Sarah-Anaïs Crevier Goulet, Mireille Calle-Gruber 

En tant que catégorie d’analyse, outil qui aide à penser, le genre s’intéresse à la littérature car, à travers ses intrigues et personnages, elle présente un miroir des sociétés passées et contemporaines, reflétant la condition féminine, les rapports hommes/femmes, ou encore les représentations de la sexualité, qui ont cours dans un espace-temps donné. En revanche, la dimension performative de la production littéraire est souvent négligée. La littérature est pourtant le lieu par excellence où, en amont des normes qui assignent les identités et séparent les genres, troubler les représentations, transformer le langage et façonner l’inconnu. Où découvrir et inventer d’autres configurations, d’autres logiques, d’autres genres. Ce sont ces fictions des genres que l’ouvrage entreprend d’explorer – de rêver – à partir de lectures d’auteurs œuvrant en marge des genres (littéraires et sexuels) institués : Claude Cahun, Violette Leduc, Monique Wittig, Emma Santos, Marguerite Duras, Jacques Derrida, Philippe Lacoue-Labarthe…

http://eud.u-bourgogne.fr/litterature/372-fictions-des-genres-9782364410640.html

Le Complexe d’Eve. La pudeur et la littérature

Anaïs Frantz, Le Complexe d’Ève : La pudeur et la littérature. Lectures de Violette Leduc et Marguerite Duras

Paris : Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de littérature générale et comparée », 2013.

Compte rendu de l’ouvrage dans la revue Lettres Modernes Marguerite Duras (Minard, 2017)

Compte rendu de l’ouvrage dans la revue Francofonia

Compte rendu de l’ouvrage dans la revue Francesi

complexe d'eve

Présentation de l’éditeur :

Sous le voile de ce que l’on appelle encore aujourd’hui la « pudeur féminine », il y a le complexe d’Ève. Je nomme ainsi l’articulation poétique entre d’une part le désir de connaissance, et d’autre part la découverte de la mort. Le sujet de langage est un sujet pudique dont la nudité est imprésentable parce que fictionnelle et auctoriale. Il y va, par-delà l’interprétation morale du «péché originel», de la condition poétique du sujet connaissant. Ce livre, qui tisse la relecture des écritures bibliques avec l’analyse de certaines approches philosophiques et théoriques contemporaines, et l’étude de deux grandes œuvres littéraires, celles de Violette Leduc et de Marguerite Duras, montre que la littérature est le lieu privilégié où faire l’épreuve d’une mimèsis sans modèle.

Anaïs Frantz est chercheure associée et chargée de cours à La Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Elle enseigne également la littérature et les études féminines et de genre dans les Universités américaines de Paris. Elle a rédigé le livret pédagogique du DVD sur Tous les matins du monde de Pascal Quignard pour le Centre National de Documentation Pédagogique, et coédité avec Mireille Calle-Gruber Politique et poétique du genre dans les migrations. Femmes entre les deux rives de la Méditerranée aux Presses universitaires de Tanger.